16 octobre 2010
4 octobre 2010
Jules et Jim
5 septembre 2010
Têtu
#jeveuxetreunsupersonique
Le ciel était bleu. Je voulais tellement célébrer mon dernier jour de stage que je n’ai pas hésité. J’ai enfilé une petite robe corail, des sandales bridées et j’ai affronté le tout Paris, celui aux gens tristes et ternes qui se cachent sous de longs trenchs sombres et osent déjà porter la collection automne hiver. En fait l’azur n’était qu’un artifice, il faisait 10 degrés et le vent était glacial. Je m’étais bel et bien fourvoyée. Mes jambes nues et huilées faisaient jaser dans le métro. Je les voyais tous hausser les sourcils derrière leurs journaux gratuits, attentifs au moindre de mes frissons pour mieux se délecter. Dans une semaine, ces même rapaces liront le très attendu Houellebecq et leurs regards méprisants se jetteront alors sur ceux qui auront l’affront de terminer leur ouvrage estival, à la couverture sableuse et collante qui rappelle l’océan.
Leur moqueries m’importaient peu, le soir même je m’envolais là où le soleil brule la peau et où les dédaigneux ont la vie dure.
Sur place, je retrouve un vieil ami devenu pilote, loin de ressembler à Tom Cruise dans Top Gun, mais tout autant séduisant. Après avoir évoqué les vieux souvenirs des années lycées et cassé du sucre sur nos rivaux de l’époque, je sens qu’il commence à amener la discussion sur son sujet de prédilection… l’aéronautique. C’est un thème épineux que je ne maitrise en aucun point et qui me provoque régulièrement des bâillements incontrôlables. Je tente le tout pour le tout et j’évoque en pagaille Master Chef/la mort de Fignon/le vernis fluo pour les ongles de pied/les Universités d’été/les toc chez les enfants mais c’est un #fail grandiose.
Et son récit commence. Il me raconte qu’il a longtemps pris les commandes d’un Airbus A380, stable et immuable. Il le connaissait par cœur, il savait parfaitement comment le manœuvrer et le guider, il n’avait plus de secrets pour lui. Mais le mois dernier, lors d’un long courrier, l’atterrissage s’est mal passé. Depuis, il renonce d’en entendre parler et jure qu’il ne remontra jamais à son bord.
« Non, ce sera toujours trop compliqué».
28 août 2010
Just another of those glory days
5 août 2010
Make an educated guess
4 août 2010
Life in plastic, it's fantastic

Le quartier des filles faciles et de la littérature compliquée
« La vie même quand ça se passe bien ça se termine mal. »
Souvent à l’écart, comme suspendu dans un monde à part, il n’est pas asocial, mais il a peur des autres. C’est différent, j’y tiens. Les autres le forcent toujours à être quelqu’un, alors que lui n’est lui que quand il est seul. Physiquement, il n’a rien qui retienne particulièrement l’attention. Il n’est pas très grand, pas spécialement fort ni vraiment beau. Il mène une existence à demi-mot qui tient un peu de l’absurde. À sa noirceur apparente, je mêle une sorte de candeur mâtinée de violence. C’est cette idée de « bonne mauvaise humeur » qui m’a d’abord intéressée.
Terrifié à l’idée qu’il aurait pu être ce que l’on appelle un être « normal », je l’invente hanté par le thème du miroir et de Narcisse. S’arrachant au monde commun, il s’érige en sujet unique et aime à se mirer. À force de se contempler et de s’exalter, son regard transforme tout le reste en objet de conquête. Ne reconnaissant plus d’autre sujet autour de lui, il se prive – volontiers ? malgré lui ? – d’interlocuteurs ou de pairs. Peut-il alors réellement échapper à la solitude ?
Intriguée par cette personnalité en construction, j’observe, je décortique, j’analyse, je construis, je détruis. Je deviens curieuse de savoir comment quelqu’un à ce point dans le déni de l’autre pourrait évoluer face à sa rencontre avec l’amour qu’il ne cherche ni ne veut. Patiemment, progressivement, insidieusement, je tombe amoureuse de mon héros compliqué. Je lui invente des secrets parfois, des excuses souvent. Il parle peu, mais il écrit beaucoup pour s’exprimer. C’est une thérapie joyeuse dont nous usons et abusons avec délectation. Et heureusement car sans ça, du bilan psychiatrique au fait divers, tout était envisageable.
Plus je pénètre profondément en lui, plus sa personnalité embrouillée me résiste. Animée par son brillant esprit de contradiction, je dois envisager nos rapports comme un perpétuel combat dont il faut sortir vainqueur. Au fond nous cherchons la simplicité, l’émerveillement, mais cela passe toujours par des schémas compliqués. Stupéfiant licite disponible en tout lieu, je me surprends à l’imaginer dans toute sa chair sans trop savoir lequel de nous deux se blesse le plus dans ce périlleux exercice d’équilibre.
À force d’être ensemble nous devenons autant complémentaires qu’antinomiques. Il est très nerveux. Il est aussi sentimental, et comme la plupart des hommes sentimentaux, il est tout ensemble cruel et trompé. Les hommes sentimentaux sont si souvent trahis. Son acidité rectifie ma propension à être trop douce, à toujours vouloir attendre un oui alors que c'est non. Enfin peut-être. Mais son personnage dégénère, déteint. Je me perds en voulant à tout prix apporter ma vision du bonheur à cette âme étrangère. Son côté cactus « Ne me touche pas. Admire moi. » m’agite, me tourmente, me désespère. Je me fatigue de sa capacité à faire tourner les autres dans son manège pendant que lui tourne sur lui-même comme autour d'un axe.
Cet axe, c'est ma fidélité à lui-même. Mais elle en fait un terrain stérile sur lequel il impose une dictature amère qui génère en moi un besoin de consolation impossible à rassasier. Tout en lui reste enfoui. Comme un désert. Un vide d’abord enivrant mais dans lequel on ne peut finalement rien construire. Il m’évoque le néant. Le repli. L’oubli. Exaspérée, je finis par le remiser au fond de la corbeille à papier avec tous les autres.
Comme un enfant qui change tout le temps, qui se lasse vite, je ne me retourne pas. Ma curiosité était évanouie depuis longtemps.